Pour la Région, un patrimoine exceptionnel à valoriser

Pour lancer la 3e et dernière édition de son appel à projets sur l’archéologie sous-marine, la Région Bretagne a invité les 7 lauréats 2018 à venir témoigner des actions qu’ils ont engagées pour faire connaître ce patrimoine à la fois extraordinaire et méconnu, car difficilement accessible. Qu’il s’agisse d’explorer de nouvelles épaves, de valoriser ces vestiges auprès du grand public ou d’innover dans la découverte de ce patrimoine immergé, les amoureux des profondeurs et de ses trésors cachés ont jusqu’au 23 avril 2019 pour postuler.

Comment faire partager au plus grand nombre la richesse de ces trésors enfouis, très nombreux le long des côtes bretonnes (876 biens culturels maritimes recensés) ? Pour y parvenir, la Région a lancé l’appel à projets NEPTUNE(*) sur 3 ans (2017-2019), qui permet d’accompagner des initiatives originales en matière d’archéologie sous-marine.

NEPTUNE se déploie à la fois en mer, sur l’estran et dans les estuaires. Peuvent candidater dans 4 catégories (connaissance, conservation, valorisation et innovation), des universités, étudiants, chercheurs, musées, associations ou collectivités. Les projets accompagnés doivent permettre d’en savoir plus sur ces épaves et les naufrages qui y sont liés, car tous racontent un pan de l’histoire maritime de la Bretagne. L’enjeu est aussi de préserver et valoriser auprès du public ces vestiges, difficilement accessibles. Chaque initiative retenue est validée scientifiquement par le DRASSM (Département des recherches archéologiques, subaquatiques et sous-marines).

Les 7 lauréats de l’édition 2018

En 2018, les 7 lauréats se sont répartis une  subvention globale de 143 300 € (40 à 60 % de leur coût global). Trois des 7 projets s’inscrivent dans le cadre des campagnes de prospection sous-marine engagées par la Région et le DRASSM, pour retrouver deux épaves, celles de La Cordelière et du Regent, navires de guerre breton et anglais qui ont sombré au large de de Brest en 1512, au terme d’une terrible bataille (cf. bas de page).

Catégorie « connaissance »

> L’Université de Bretagne Sud (Lorient) et son laboratoire TEMOS, pour une étude documentaire en lien avec les recherches de La Cordelière. Il s’agit de collecter, voire de réinterpréter, les sources françaises mais surtout anglaises, qui existent autour de ce combat naval, afin de renseigner au mieux sur les circonstances du naufrage (éléments brisés des navires, corps retrouvés, vents…), mais aussi sur la construction navale et l’armement des vaisseaux.
Contact : Christophe Cerino (GIS-CNRS)— 06 07 10 69 41

> L’IFREMER (Plouzané) pour un travail d’interprétation des données sonar déjà recueillies entre 2007 et 2013 sur la zone présumée de naufrage de La Cordelière. L’institut propose de « rejouer » ces signatures acoustiques (ou échos du fond) qui, si elles sont anormales, peuvent s’apparenter à des vestiges de constructions navales. Autant d’indices qui, une fois renseignés, permettent des investigations en plongée.
Contact : Axel Erhold, géologue — 02 98 22 43 19

Catégorie « valorisation »

> Le Musée sous-marin du Pays de Lorient pour le projet NISPAM autour de nouvelles images numériques du patrimoine sous-marin datant des conflits mondiaux du 20e siècle. Implanté dans la Tour Davis au cœur de l’ancienne base sous-marine de Keroman, l’établissement associatif souhaite mettre en place une nouvelle exposition numérique sur les 60 épaves de la Première guerre mondiale qui reposent en profondeur sur le plateau continental sud-breton. Ce projet nécessite de réaliser des images, en ultra haute définition, d’épaves métalliques contemporaines situées au-delà de la zone d’intervention humaine. C’est donc un outil téléguidé de type ROV (remotely operated vehicle), équipé d’une caméra 4K et embarqué sur un navire semi-hauturier armé pour ce type d’explorations, qui s’en chargera.
Contact : Christophe Cerino, Président— 06 07 10 69 41

> L’association ADRAMAR (Saint-Malo) pour son projet de route virtuelle des épaves. Depuis 2005, l’Atlas Ponant recense et valorise, sur Internet, des sites archéologiques du littoral Atlantique (www.atlasponant.fr/). Le projet retenu vise à faire évoluer cette base de données et à l’enrichir d’une application mobile géolocalisée. En s’ouvrant à de nouveaux médias numériques , ce programme, téléchargeable sur tablette et smartphone incitera à la découverte du patrimoine maritime immergé, à partir des sentiers côtiers.
Contact  : Anne Hoyau-Berry, archéologue — 02 99 40 85 66

> La Commune de Ploemeur (Morbihan), pour la mise en tourisme du sentier archéologique sous-marin des Ancres du Stole, une création originale ex nihilo initiée en 2018 par l’ADRAMAR,  en lien avec le DRASSM, Lorient Agglomération et le Centre nautique de Kerguelen. La Ville prend donc la suite pour mettre cet outil innovant, mais immergé, au service de son attractivité.
Le site reconstitue un mouillage typique des petits ports commerciaux du 19e siècle, avec 4 véritables ancres de corps-morts, auxquels on amarrait cordages et navires en vue de charger et décharger les marchandises.
Facile d’accès depuis la plage et le GR34, il est situé à faible profondeur à marée basse et voisin de l’école de plongée. De quoi inciter les visiteurs, et les familles en particulier, à vivre cette expérience à la fois scientifique, éducative et ludique. Le projet, en cours, prévoit la mise en place d’une signalétique appropriée mais aussi d’outils de promotion, d’animations et conférences, et d’un lieu d’accueil pour s’équiper de masque et tuba  !
Contact  : Ronan Loas, maire — 02 97 86 40 40

Catégorie « innovation »

> L’EESAB, École Supérieure Européenne d’Art de Bretagne, pour le projet Chronologie sous-marine qui réunit artistes et scientifiques, autour d’un même objet de recherche collaboratif : les objets de naufrage comme autant de machines à remonter le temps.  Il s’agira, par binôme étudiant/chercheur, de découvrir le monde sous-marin et ses histoires, pour les faire « renaître » au public sous une forme moderne, inédite, associant création artistique et vulgarisation patrimoniale. Les 14 étudiants en Master art, design et communication pourront, à partir de différents sites, développer des outils numériques mais aussi s’orienter vers des propositions plastiques (sculpture, photographie, films…) afin de faire partager leur expérience au plus grand nombre.
Contact  : Danièle Yvergniaux, directrice — 02 23 62 22 64

> L’ENSTA Bretagne (Brest) pour la mise à disposition expérimentale de robots sous-marins dans le projet de recherche de La Cordelière. En archéologie sous-marine, les zones à explorer sont immenses et à des profondeurs variables. Le laboratoire STICC de école d’ingénieurs brestoise étudie comment développer des solutions à l’aide d’un groupe de robots sous-marins, tractés par bateau et balayant méthodiquement les fonds. Une telle approche permet une recherche exhaustive sur une large zone ainsi que des mesures d’une précision inenvisageable jusqu’ici, permettant de repérer des anomalies métalliques, correspondant potentiellement à des pièces d’artillerie.
Contact  : Luc Jaulin, professeur en robotique — 02 98 34 88 12

À la recherche de la Cordelière
Un partenariat Région Bretagne/DRASSM

En partenariat avec la Région, le DRASSM du ministère de la Culture a mené l’été dernier une campagne de recherches sous-marines au large de Brest, avec l’objectif de retrouver les épaves de la Marie-Cordelière et du Regent, deux navires de guerre coulés en 1512, lors d’un affrontement mémorable entre l’armada anglaise d’Henri VIII, d’une part, et les flottes française et bretonne, d’autre part. Ces premières investigations ont  permis de recueillir des milliers de données électroniques, de repérer des ancres et même l’épave, très ancienne, d’un navire de commerce. Mais pour l’instant, point trace de La Cordelière, vaisseau amiral de la flotte de la duchesse Anne de Bretagne… En attendant la 2e campagne de prospection en juin 2019, les analyses et recherches documentaires, conduites par un équipe pluridisciplinaire (archéologues, historiens, roboticiens géomorphologues…), se poursuivent en France et en Angleterre. Elles devraient permettre de mieux délimiter la zone à explorer l’été prochain.

En savoir  plus sur NEPTUNE 2019
sur www.bretagne.bzh/rubrique appel à projets

(*) NEPTUNE, Nouvelle Exploration Patrimoniale Triennale des Univers Nautiques Engloutis et clin d’œil au dieu de la mer.

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