La Bretagne et le Tour de France par Jean-Paul Ollivier

Crédit : ASO – Alex Broadway

Pendant plus de 40 ans, ses commentaires ont rythmé le Tour de France. A tel point qu’il en est devenu la voix officielle. Jean-Paul Ollivier, surnommé à juste titre “Paulo la science”, est bien plus qu’un journaliste cycliste. Il est un historien à part entière. Ce Breton originaire de Concarneau nous livre, à l’occasion du Grand Départ Bretagne 2021, sa vision de l’histoire du Tour avec la Bretagne

Portrait de Jean-Paul Ollivier

La Bretagne et le Tour, c’est une vraie histoire d’amour…

Jean-Paul Ollivier : Comment situer historiquement les débuts du cyclisme en Bretagne ? La tâche apparaît délicate et qui se risquerait à préciser une date tomberait sans contredit dans l’erreur. Dès les balbutiements de la vélocipédie, les liens du cyclisme avec la terre bretonne et les Bretons eux-mêmes ont constitué une évidence. Il semble que le cyclisme ait opéré sa percée dans la péninsule armoricaine en venant de la ville d’Angers durant l’été 1869 où l’on trouve trace de « courses de vélocipèdes », à Saint-Pol-de-Léon et surtout à Brest où la Société hippique organise sur le cours Dajot des épreuves de grands bis puis, la création de Paris – Brest – Paris, qui va se révéler un moyen de propagande extraordinaire pour le cycle en Armorique. Puis, outre la création de clubs à Rennes, à Vannes et à Quimper, les plus grandes vedettes mondiales s’illustrent sur le vélodrome brestois de Kérabécam. Lorsque le Tour de France est créé, en 1903, la Bretagne est déjà conquise et le premier Breton à s’y illustrer s’appelle Lucien Mazan que l’on surnommera « Petit-Breton », un sobriquet réducteur, certes, mais qui devient très vite emblématique.

La Bretagne est connue pour être une « terre de vélo ». Pourquoi est-ce si présent en Bretagne selon vous ?

Jean-Paul Ollivier : En essayant de découvrir par quelle alchimie ces irréductibles Bretons ont pu porter au plus haut ce sport qu’ils continuent à aimer par-dessus tout, on revient sans doute au phénomène de volonté. Les Armoricains sont têtus, pugnaces. Ils aiment aller jusqu’au bout de leurs rêves comme souvent de leur mauvaise foi. Ils s’attachent, on ne les attache jamais. Ils aiment le cyclisme et, à travers lui, l’événement mondial qui leur est le plus cher : le Tour de France. Ils veulent y briller et possède pour cela une volonté farouche de nier l’adversité, de la gommer de son paysage naturel.

Combien de villes bretonnes ont accueilli la Grande Boucle depuis le début du Tour en 1903 ?

Jean-Paul Ollivier : La Bretagne est sans cesse en quête de Tour de France. Il est dans ses gènes. Le profil des parcours s’y prête. Il y a matière à satisfaire ce phénomène de volonté évoqué plus haut. C’est pourquoi les deux composantes bretonnes que sont l’Arcoat et l’Armor réclament, sans trêve et chaque année, les étapes du Tour. Les Bretons ont tant donné au cyclisme qu’ils considèrent comme une trahison si d’aventure la Grande Boucle ne franchit pas les marches de Bretagne. Le Tour est à eux, pour eux et ne doit jamais être contre eux. On se souvient toujours de l’affirmation de l’un des plus grands présidents de la Fédération française de cyclisme, Achille Joinard, venu remettre le titre de champion de France des sociétés au Vélo-Sport quimpérois : « La Bretagne est la fille aînée du cyclisme. » On peut considérer qu’une cinquantaine de cités bretonnes ont constitué une ville départ ou arrivée du Tour, département de la Loire-Atlantique compris.

De grands noms du cyclisme breton ont marqué l’histoire du Tour de France. Existe-t-il l’équivalent dans d’autres régions ?

Jean-Paul Ollivier : Aucun résultat ne s’affiche sans une persévérance de tous les instants. Le Breton, souvent taiseux, poursuit son but sans barguigner. Il peut constituer, sans prétention, un exemple unique. L’histoire du cyclisme breton et par voie de conséquence, celle du Tour de France ne lasse pas d’étonner. Quand on reprend l’Histoire comment, par exemple, ne pas s’incliner devant le courage d’un Louison Bobet qui durant toute sa carrière a souffert de furoncles à la selle et qui, en 1955, est allé jusqu’au bout de la souffrance pour gagner son troisième Tour consécutif et passer ensuite entre les mains d’un chirurgien pour une douloureuse autant que délicate opération et gagner Paris-Roubaix, trois mois plus tard en pleine convalescence ! On peut rapprocher cet exemple de celui de Bernard Hinault, vaincu par son genou récalcitrant et masquant ses larmes de désespoir sur sa machine. Lui aussi gagnait Paris-Roubaix pour mettre une sourdine aux critiques qui l’accusaient de dénigrer la Classique “sous prétexte qu’il ne pouvait la gagner”. Cela s’appelle du tempérament ! Et si l’on remontait à Jean Robic, miracle de la nature, gnome au visage tavelé et aux oreilles d’éléphanteau, prêt à mourir sur sa machine. Trois jours avant le départ du Tour 1947, il épousait l’une des plus belles filles de Paris, lui disant : “Je suis pauvre mais dans trois semaines tu seras riche !”

Combien de coureurs bretons ont participé au Tour depuis le début ?

Jean-Paul Ollivier : Il est difficile d’établir un bilan sans tomber dans l’inexactitude. Jusqu’en 1939, le Tour se déroulait de manière plus ou moins individuelle puis 1939 a vu la création des équipes régionales comme l’équipe de l’Ouest qui regroupait des Bretons puis quelques Normands. Les années se succédant, on a connu les équipes de l’Ouest-sud-Ouest où se côtoyaient Charentais, Normands, Bretons….

Quelle est votre regard sur la nouvelle génération ? Y a-t-il selon vous un nouvel âge d’or du cyclisme en Bretagne ?

Jean-Paul Ollivier : Chaque génération a connu son âge d’or et en particulier en Bretagne où l’histoire est longue de talents et d’exploits. Aujourd’hui, c’est un autre regard car le cyclisme s’est mondialisé, structuré et il est un peu plus difficile de se faire une place au soleil à travers les nations émergentes telle la Slovénie, ou encore les nations sud-américaines, les pays nordiques. La Bretagne ne manque pas de jeunes révélations. On attend la belle confirmation de Warren Barguil, vainqueur au sommet de l’Izoard, en 2017, et meilleur grimpeur du Tour, de David Gaudu qui devrait prendre très vite son envol ou encore de Valentin Madouas avec ses belles promesses…

La Bretagne et le Tour de France par Jean-Paul Ollivier

Toutes nos actualités

Abonnez-vous à notre newsletter