4e prix classes Goncourt : Marie Briot

Elève en 1re L au Lycée Dupuy de Lôme à Lorient

Pour «Un amour impossible» de Christine Angot

 

Un homme, une femme, une enfant... un inceste

Un amour impossible ? Comment l'amour peut il être impossible ? Rien n'est impossible en amour. Mais un père qui viole sa fille, c'est de l'amour ? Nous sommes tous d'accord sur ce point : un roman sur l'inceste, c'est un univers douloureux et triste, ponctué de scènes à la limite du soutenable… J'ouvre donc ce livre avec une certaine appréhension, qui, aujourd'hui, s'est envolée.

Christine Angot fait de son roman une oeuvre centrée sur sa mère. La romancière l'affirme encore et toujours au gré des rencontres et des interviews. Chaque fin d'écriture, chaque livre terminé, se rapporte à une unique question : Et ma mère ? Aussi Un amour impossible est-il le premier roman de l'auteure qui accorde tant d'importance au personnage de la mère. Oui l'histoire, au début du moins, est simple. Châteauroux dans les années 50, un homme et une femme, Pierre Angot et Rachel Scharwtz, se rencontrent et s'aiment. Ensemble, ils auront Christine Scharwtz née de père inconnu. Mais... il y a ce fameux mais... il y aura toujours ce fameux mais...

Un amour impossible n'est pas qu'une succession de pages tachetées d'encre...

C'est une fine analyse de l'instabilité et de la difficulté de relations humaines complexes.

C'est un amour fou né d'une relation touchante, plus que fusionnelle entre une mère et sa fille. Une passion débordante, démesurée, émane de Christine pour sa mère, de Rachel pour sa fille. L'Amour entre une mère et son enfant. Il ne meurt jamais. Il ne finit jamais. C'est un amour éternel.

C'est la dégradation d'un amour, un lien qui se brise, qui s'efface. La relation mère/fille devient distante, douloureuse, froide. Rachel ne voit rien.

Maman. [...]Au début, la fréquence du mot avait baissé. Comme s'il n'était plus nécessaire. Ensuite, il avait pris une tonalité gênante. Il était devenu bizarre, décalé. Puis il avait disparu. Totalement. Il m'était devenu impossible de le prononcer.

C'est Christine qui ne dit rien et qui se construit dans le silence tel un jouet qui aurait un défaut de fabrication et qui, adulte, ne retrouvera pas les pièces manquantes, souffrant de l'absence de son père et de l'omniprésence de sa mère. On est une mère et sa fille, voilà c'est tout. Deux personnes dans une maison, c'est pas une famille.

C'est la révulsion pour un père. Christine ne le fréquente qu'à l'adolescence. Elle en aurait fait un être plus doux si elle avait pu, mais c'est un homme braque et violent. Il repousse sèchement tout ce qui se rapporte à l'amour qu'il a entretenu avec Rachel ainsi qu'à sa fille, Une vaste entreprise de rejet. Et admis par tout le monde [...] ce qu'il m'a fait à moi, c'est quelque chose qu'il t'a fait à toi avant tout, c'est la continuation de ce rejet.

C'est un homme, Pierre Angot, qui viole sa fille depuis des années, Des relations sexuelles avec son enfant [...] il refuse de reconnaître cet interdit. Parce que c'est encore une manière pour lui de dire, je suis le plus fort.

D'un style simple et percutant, d'une plume acérée, l'écrivaine avec son écriture maîtrisée parvient à nous faire ressentir tant d'états différents : la colère, le bonheur, le dégoût et l'amour. Christine Angot exprime ce qu'elle souhaite sans formules interminables, sans déballage superficiel. Ce roman n'est pas une thérapie de l'écriture sur une expérience traumatisante, c'est un moyen de dire les choses telles qu'elles sont. Impossible n'est pas Angot.