3e prix classes Goncourt : Jessica Lavernhe

Elève en 1re L au lycée La pérouse Kerichen à Brest

Pour « Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes»d'Olivier Bleys

 

A propos des arbres

Bienvenue en Chine contemporaine, la Chine de nos jours, un pays où « Les marchands ont pris les rênes de la société et les paysans sont retournés là où fut leur place, hier et aujourd'hui ». La Famille Zhang partage avec nous son quotidien, au cours d'un hiver s'annonçant rude et glacial. Le charbon manque cruellement pour réchauffer la maison familiale ; cette maison qui va devenir la source du roman et alimenter l'intrigue. Depuis plusieurs générations de Zhang, un arbre, maigre et avachi tel un vieillard, vit dans leur jardin. Il a assisté à tous les grands moments de la famille, les naissances, les décès, les fêtes ; il en est maintenant un membre à part entière. Sous ses racines reposent les parents de Wei Zhang, l'homme de la famille. Ce dernier, soucieux de la promesse faite à ses défunts parents, économise depuis des années dans l'espoir de devenir un jour le propriétaire de ce fameux terrain. Mais arrivé tout près du but, la découverte d'un gisement de minerais sous le terrain va faire voler en éclats tous les espoirs de la famille : menacés par les grues et les pelleteuses, c'est une lutte pour la préservation non seulement de l'arbre mais de l'esprit de famille qui commence.

Nourri de ses voyages, notamment de son tour du monde à pied en 2010, Olivier Bleys nous offre dans Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes un aperçu de la société chinoise actuelle. On ne croule pas sous les faits politiques, au contraire : la narration claire et raisonnée de l'auteur nous emporte facilement et nous procure une sensation de légèreté, la lecture en devient agréable et plaisante. Il nous happe dès le début et nous plonge dans cet univers, cette partie du monde qu'on ne connaît que trop peu. On s'y laisse entraîner sans effort, et on ne le regrette pas : Olivier Bleys réussit à susciter en nous la curiosité, l'envie de découvrir les aventures que les personnages vont pouvoir vivre. En effet, cette modeste famille Zhang ne cesse de nous intriguer, du début à la fin, avec ses personnages aux tempéraments multiples et aux mille convictions. Confrontés au réalisme social, ils gardent la tête haute : « Voilà la sagesse, quand on est petit et vulnérable ». Mais par dessus tout, on se heurte à certaines questions et on s'attarde sur nos réflexions. Les petites communautés, comme la famille Zhang, sont-elles condamnées à se soumettre à la loi du plus puissant ? Sommes-nous sur le point de délaisser nos derniers liens avec la nature ? Que représente réellement cet arbre, autant pour nous que pour la famille Zhang ? « La nature est pleine de mystère. Ne sommes-nous pas de la nature ? ».