2e prix classes Goncourt : Amandine Brige

Elève en 1re S au lycée Joseph Loth à Pontivy

Pour «Soudain, seuls» de d'Isabelle Autissier

 

Nature ou Société : laquelle est la plus impitoyable ?

Qui, de la Nature ou des médias, a le plus imposé sa loi sur la vie de Louise Flambart ?

Soudain, seuls débute par une histoire assez classique, une reprise moderne et réaliste de Robinson Crusoé. Mais Isabelle Autissier nous dévoile ce que l'on oublie souvent : si une telle histoire devait se produire dans le monde actuel, le point final de l'épopée du malheureux naufragé ne serait pas son sauvetage. De retour au pays, l'attend une épreuve peut-être aussi ardue que celles qu'il a vécues : la confrontation avec les médias et la société.

Voyez-vous, cette histoire, on ne la souhaite à personne. On la préfère dans un roman plutôt que dans notre vie. Mais on retrouve malheureusement très souvent cette avidité, cette addiction à l'information dans le monde réel. On pense notamment aux otages libérés, pris d'assaut par la presse alors qu'ils descendent à peine de l'avion, et que l'on oublie ensuite. N'importe qui peut vivre quelque chose de semblable, même vous...

Imaginez-vous : vous êtes naufragé sur une île sauvage, glaciale, isolée. Vous réussissez à survivre huit mois, grâce à cet instinct animal enfoui au fond de chacun, héritage des premiers hommes, qui a repris le dessus. Vos sentiments, les codes et les règles de la société actuelle ne sont plus de mise. Cet instinct vous oblige même à abandonner à la mort la personne que vous aimiez, car elle a arrêté de se battre. C'est la loi de la Nature.

Quand enfin on vient vous sauver, vous pensez que le cauchemar est fini. Mais la Société peut faire pire que la Nature… Vous aspirez au retour à une vie normale, calme. Mais vous n'êtes plus maître de vous-même. Les médias s'emparent de votre vie, la décortiquent et la réinventent, détournent la réalité. Vous devenez le héros d'une histoire passionnante et émouvante, qui plaît au gens qui vous regardent depuis leur canapé.

Vous êtes obligé de vous plier à la dictature de la presse, même si vous ne voulez pas de cette fausse réalité. En effet, si vous rétablissez la vérité, vous ne serez plus un héros mais un menteur, un traître. Et vous qui aurez résisté à huit mois de froid et de faim extrêmes, serez détruit par des gens, tranquillement installés sur leur canapé. Aucune des deux solutions n'est plaisante, et pour se remettre de ce drame étalé au grand jour, le mieux est de se cacher en attendant un retour à l'anonymat lorsque les médias auront trouvé une autre victime. Vous finissez presque aussi isolé que sur cette île de cauchemar. La solitude, que vous vouliez fuir après l'avoir trop côtoyée, vous a rattrapé...

Avec un style simple et agréable, l'auteure montre la difficulté de se réintégrer dans le monde d'aujourd'hui après un événement qui met la presse en ébullition. Elle remet en cause la société actuelle, avide d'informations au détriment de la vie privée, et même de la vérité. En suivant l'histoire de Louise lors de son retour en France, on plonge dans l'envers du décor des médias. On s'interroge : comment sont traités les témoins qui ont vécu une expérience traumatisante ? Le journaliste détourne-t-il leurs propos pour que l'histoire soit au goût de ses lecteurs ? Après avoir refermé le livre, on regarde le journal d'un oeil méfiant et l'on s'interroge sur la vérité de ce qu'on nous raconte...