1er prix classes Goncourt : Léna Toudret

Elève en 1re L au lycée Dupuy de Lôme à Lorient

Pour «Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes» d'Olivier Bleys

 

Il était un arbre ...

De l'histoire qui va suivre, un arbre a été témoin. C'est par ces mots que commence le roman d'Olivier Bleys, Discours d'un Arbre sur la fragilité des hommes. Un titre que beaucoup d'entre nous, jeunes lecteurs, avons appréhendé, de peur de nous retrouver à lire un livre philosophique avec des termes impossibles à comprendre. Mais j'ai voulu donner une chance à ce livre et ce fut une sage décision.

Dans cette oeuvre, l'auteur nous conte l'histoire de la famille Zhang, dans la Chine capitaliste du XXIe siècle. Les Zhang vivent dans un quartier pauvre d'une ville à l'abandon où les usines ont toutes fermé. Dans la cour de la maison se trouve un trésor : le dernier arbre à laque du pays. Leur plus grand rêve serait de devenir propriétaire de leur maison, une promesse faite aux grands-parents paternels inhumés entre les racines de l'arbre. Mais la bâtisse est vouée à la destruction pour laisser place à un site minier. Il ne reste que cette famille lambda pour résister contre la destruction de ses biens. Irréductibles hommes.

Si le souffle poétique du Discours d'un Arbre sur la fragilité des hommes est indéniable, la portée sociale de ce roman est, elle aussi, indiscutable. Le lecteur se laisse embarquer dans ce voyage au coeur de cette Chine inégalitaire, où la modernité et le profit sont les maîtres-mots, méprisant les sentiments d'une famille, foulant du pied ses traditions et ses promesses. L'Arbre et la Nature en général observent les changements sociétaux et historiques de ce monde en mouvement. L'arbre s'étend toujours avec ses racines et ses branches, tout comme le fait l'histoire familiale : elles sont toutes deux les témoins de l'évolution et du progrès, elles survivent pour pouvoir le raconter aux générations futures. Les arbres même morts demeurent, comme les garants de la Mémoire. Prendre racine. Trouver ses racines.

C'est bien le lien unique entre l'Homme et la Nature que met en scène ce beau roman qui m'a fait penser au poème de Victor Hugo, « Aux Arbres » dont j'aimerais citer les derniers vers en guise d'adieu au livre d'Olivier Bleys :
Forêts ! C'est dans votre ombre et dans votre mystère,
C'est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m'endormirai.